Projet Urisanze
Accélérer la riposte au VIH auprès des populations clés au Burundi
Contexte
Au Burundi, les les femmes les plus exposées au VIH figurent parmi les populations les plus exposées au VIH en raison de multiples facteurs : vulnérabilité socio-économique, mobilité élevée, stigmatisation, violences basées sur le genre et accès limité aux services de santé adaptés. Ces obstacles compromettent le dépistage précoce, la prévention, l’accès au traitement antirétroviral ainsi que le maintien dans les soins.
Face à ces défis, la SWAA-Burundi, avec l’appui de PEPFAR/USAID, a mis en œuvre depuis 2022 le Projet Urisanze dans les 13 anciennes provinces du Burundi afin de renforcer une réponse communautaire intégrée, inclusive et durable en faveur des travailleuses du sexe et de leurs populations prioritaires associées.
Grâce à une approche centrée sur les communautés, le projet a rapproché les services de prévention, de dépistage, de traitement et d’accompagnement psychosocial des bénéficiaires, tout en renforçant les capacités du système de santé et des acteurs communautaires.
Objectif global
Contribuer à la réduction durable des nouvelles infections au VIH en améliorant l’accès des travailleuses du sexe et de leurs populations prioritaires associées à des services complets de prévention, de dépistage, de traitement et de suivi, en vue de l’atteinte des objectifs mondiaux 95-95-95 de l’ONUSIDA.
Le projet s’est appuyé sur un vaste réseau de 308 sites partenaires, dont 234 soutenus par le PEPFAR, ainsi que 4 Drop-In Centers dédiés aux populations clés à Bujumbura, Gitega, Ngozi et Kirundo.
Notre impact
Le Projet Urisanze a contribué de manière significative au renforcement de la lutte contre le VIH auprès des populations clés au Burundi.
- Amélioration de l’accès au traitement : Grâce à un accompagnement communautaire de proximité :
- 4 772 personnes étaient maintenues sous traitement antirétroviral, représentant 95 % de l’objectif annuel ;
- 89 % des bénéficiaires ont eu accès au test de charge virale, permettant un meilleur suivi thérapeutique et une suppression virale optimale.
Cette performance témoigne de l’efficacité du modèle d’accompagnement développé par la SWAA-Burundi pour favoriser l’observance thérapeutique et limiter les interruptions de traitement.
- Une innovation numérique au service de la santé
Le projet a introduit une approche digitale innovante permettant aux bénéficiaires d’accéder aux services de manière confidentielle via la plateforme QuickRes.
En 2024 :
- 673 travailleuses du sexe ont réalisé leur dépistage VIH grâce à cette plateforme ;
- 472 bénéficiaires ont été initiées à la PrEP à Bujumbura Mairie et Gitega.
Cette innovation a renforcé l’accès aux services de prévention pour des populations parfois difficiles à atteindre par les approches traditionnelles.
- Renforcement des capacités communautaires
Le projet a investi durablement dans les ressources humaines communautaires en :
- Formant 76 Mères Mentors pour accompagner les services de Prévention de la Transmission Mère-Enfant (PTME) ;
- Renforçant les compétences des prestataires et des pairs éducateurs sur les auto-tests VIH, la détection communautaire de la tuberculose et des IST ainsi que la prise en charge des violences basées sur le genre.
- Une réponse communautaire durable
Au-delà des résultats chiffrés, le projet Urisanze a permis de rapprocher les services de santé des populations les plus vulnérables, renforcer la confiance entre les communautés et les structures sanitaires, améliorer la continuité des soins malgré la forte mobilité des travailleuses du sexe et promouvoir des approches innovantes, inclusives et centrées sur les besoins des bénéficiaires.
Le projet a ainsi constitué une contribution majeure aux efforts nationaux visant à mettre fin à l’épidémie du VIH au Burundi, en démontrant que des interventions communautaires adaptées peuvent produire des résultats concrets et durables.
Partenaire financier : PEPFAR / USAID
Zone d’intervention : Les 13 anciennes provinces du Burundi
Statut : Projet clôturé en 2025.
Résumé des grandes réalisations
Le Projet Urisanze s’inscrivait dans une vision globale de renforcement de la prévention et de la prise en charge du VIH, à travers la sensibilisation communautaire, le dépistage, le traitement antirétroviral et la prophylaxie pré-exposition (PrEP). D’une durée d’environ deux ans et quatre mois, le projet a déployé des interventions ciblées auprès des travailleuses du sexe, population clé dans la lutte contre le VIH.
Au total, 89 199 travailleuses du sexe ont été sensibilisées par le biais de la pair-éducation. Parmi elles, 55 180 ont bénéficié d’un dépistage du VIH, dont 1 793 ont été dépistées séropositives, correspondant à un taux de positivité de 3 %. Sur ces personnes dépistées positives, 1 792 ont été mises sous traitement antirétroviral, traduisant une liaison au traitement de 99 %, un indicateur de performance remarquable.
Concernant la file active de 4 808 travailleuses du sexe sous traitement, 3 983 ont bénéficié de la mesure de la charge virale, et 3 937 présentaient une charge virale indétectable. Ces résultats témoignent d’un accès à la charge virale de 91 % et d’une suppression virale de 99 %, illustrant l’efficacité du suivi thérapeutique et la qualité des soins dispensés.
Pour les travailleuses du sexe dont les résultats de dépistage sont négatifs, le projet ne s’est pas limité à la prévention primaire : une offre systématique de PrEP leur a été proposée afin de réduire le risque d’infection future. Les résultats se présentent comme suit :
- Proposées à la PrEP : 19 932
- Mises sous PrEP : 7 322
- PrEP continue : 1 137
Le taux d’initiation (36,9 %) et de maintien (environ 15 %) révèlent que l’adhésion à la PrEP demeure un défi majeur. Il apparaît nécessaire de renforcer la sensibilisation, l’accompagnement et le suivi des bénéficiaires afin d’améliorer la continuité et l’efficacité de cette stratégie préventive.
Témoignage
Témoignage 1
« Grâce à la stratégie Going Online, j’ai pu me faire dépister sans peur ni jugement. »
K.B., 26 ans, bénéficiaire du projet Urisanze
« Je suis une jeune femme de 26 ans vivant à Bujumbura avec ma fille. Depuis plusieurs années, je gagne ma vie grâce au travail du sexe. Comme beaucoup de femmes dans ma situation, j’étais constamment préoccupée par le risque de contracter le VIH. Pourtant, je repoussais toujours le moment de faire un test de dépistage.
Ce n’était pas parce que je ne voulais pas connaître mon statut, mais parce que j’avais peur d’être jugée, reconnue ou stigmatisée si je me rendais dans un centre de santé.
Un jour, un pair éducateur de la SWAA-Burundi m’a contactée via les réseaux sociaux dans le cadre de la stratégie « Going Online ». Il m’a expliqué qu’il était possible de recevoir un autotest de dépistage du VIH et de le réaliser en toute confidentialité, chez moi. Pour la première fois, je me suis sentie en confiance.
J’ai effectué le test dans l’intimité de mon domicile. Le résultat était négatif, ce qui m’a énormément rassurée. Le pair éducateur m’a ensuite informée sur la Prophylaxie Pré-Exposition (PrEP) et ses avantages pour prévenir l’infection au VIH. Convaincue, je me suis rendue deux jours plus tard au Drop-In Center (DIC) afin de commencer la PrEP.
Cette expérience a complètement changé ma perception du dépistage. J’ai découvert qu’il était possible d’accéder à des services de prévention dans un environnement respectueux, confidentiel et sans discrimination.
Aujourd’hui, je parle de cette opportunité autour de moi. Plusieurs de mes amies, qui hésitaient elles aussi à se faire dépister par peur du regard des autres, ont choisi d’utiliser l’autotest grâce à la stratégie Going Online. Elles ont ainsi pu connaître leur statut et accéder, si nécessaire, aux services de prévention et de prise en charge.
Je remercie sincèrement la SWAA-Burundi et le projet Urisanze pour cette initiative innovante qui rapproche les services de santé des personnes les plus exposées au VIH, tout en garantissant le respect de notre dignité, de notre vie privée et de notre confidentialité. Aujourd’hui, je sais que se protéger commence par connaître son statut, sans peur et sans jugement. »
Histoire de succès
De pair éducatrice à membre reconnue de l’équipe de prise en charge du VIH : le parcours inspirant d’A.E. à Kayogoro
Pendant plusieurs années, A.E., aujourd’hui âgée de 35 ans, a dû faire face à de nombreuses épreuves. Après avoir interrompu ses études universitaires à la suite d’une grossesse non désirée, elle s’est retrouvée seule pour élever son enfant après le décès du père de celui-ci. Sans emploi et confrontée à de grandes difficultés financières, elle s’est tournée vers le travail du sexe pour subvenir aux besoins de sa famille, tout en étant exposée quotidiennement aux risques d’infection par le VIH, aux infections sexuellement transmissibles (IST) ainsi qu’aux violences physiques et sexuelles.
En 2022, sa vie prend un nouveau tournant lorsqu’elle est recrutée et formée comme pair éducatrice dans le cadre du Projet Urisanze, mis en œuvre par la SWAA-Burundi. Cette opportunité lui permet non seulement de développer de nouvelles compétences, mais aussi de devenir un véritable relais communautaire auprès des travailleuses du sexe de la commune de Kayogoro.
Sa mission consiste à sensibiliser ses pairs sur la prévention du VIH et des IST, promouvoir l’autodépistage communautaire du VIH, accompagner les bénéficiaires vers les services de santé, assurer le suivi des personnes sous traitement antirétroviral, rappeler les rendez-vous médicaux et encourager la réalisation régulière de la charge virale, en étroite collaboration avec les prestataires du centre de santé de Kayogoro.
Grâce à son engagement, à sa disponibilité et à la relation de confiance qu’elle a su bâtir avec les bénéficiaires et le personnel soignant, A.E. est progressivement devenue une collaboratrice indispensable de l’équipe de prise en charge du VIH.
Après avoir bénéficié d’un accompagnement pratique sur le terrain, elle participe désormais à plusieurs tâches essentielles du service : l’accueil et l’enregistrement des clientes, la mise à jour des outils de suivi, l’appui à la gestion des dossiers ainsi que le suivi des personnes vivant avec le VIH ayant interrompu leur traitement.
Son implication a également contribué à renforcer la confiance des travailleuses du sexe envers les services de santé. Aujourd’hui, un nombre croissant de femmes fréquentent le centre de santé de Kayogoro pour accéder aux services de prévention, de dépistage et de traitement du VIH, dans un environnement où elles se sentent respectées, écoutées et libres de toute stigmatisation ou discrimination.
« Aujourd’hui, je suis fière du chemin parcouru. Être considérée comme un membre à part entière de l’équipe de santé est une immense reconnaissance. J’ai retrouvé confiance en moi et je suis heureuse de contribuer chaque jour à améliorer la santé de ma communauté. Je remercie sincèrement la SWAA-Burundi et le Projet Urisanze pour la confiance qu’ils m’ont accordée et pour avoir cru en mon potentiel. »
— A.E., Pair éducatrice, Kayogoro

